On ne se méfie jamais assez des hommes qui marchent. Ils sont capables de faire deux choses à la fois : avancer et réfléchir. Mettre un pas devant l’autre et glisser une idée entre chaque foulée. Assurément, Nono fait partie de cette race-là. Curieux de nature et curieux en premier lieu de la nature, qu’à défaut de dompter, on finit par respecter quand il faut crapahuter sur les pentes du Haut-Atlas marocain ou rester observer les oiseaux marins du golfe du Morbihan. Curieux de philosophie, bien sûr, puisque ce fut son métier pendant de longues années, mais s’il partage volontiers la pensée de Jean-Jacques Rousseau, le promeneur solitaire, on peut affirmer que les deux bonhommes n’ont pas du tout le même caractère et je pencherai davantage vers la bonne humeur contagieuse de Nono que la mélancolie un peu sinistre de Rousseau. Si d’aventure, je devais marcher à leurs côtés, je suis certain qu’on rigolerait davantage avec le premier.
On dit que l’humour est la politesse du désespoir. Ce n’est pas impossible mais ça dépend bien sûr de quel humour on parle. Celui de Nono est direct et subtil à la fois, en témoigne cette caricature récemment parue dans la presse locale où l’on voit Trump jouant avec le globe terrestre, à la façon du Dictateur de Charlie Chaplin. Il n’y a pourtant pas de quoi rire s’agissant du Président des États-Unis mais on se marre quand même. C’est de l’humour noir alors on rit jaune même si rouge est notre colère et verte notre trouille. Ne manque à cette palette que le bleu, celui du Golfe peut-être, qui apaise et rassure. C’est le moment pour lui d’aller faire un tour en mer sur son petit canot à moteur, histoire de taquiner quelques maquereaux. J’ajouterai que Nono, « notre Nono », est curieux tout simplement des gens, de ceux qui l’entourent, de ceux qu’il croise au cours de ses pérégrinations et qu’il croque à pleines dents comme une crêpe de sarrasin bien kraz : le paysan berbère, le pêcheur breton, la Bigoudène entêtée ou le sonneur de fest-noz. Sa tribu, en somme.
Même si je suis sans doute moins « caricaturable » que Trump, j’ai plusieurs fois eu l’honneur de me faire tailler le portrait sous ses impitoyables crayons et soyez certains que ces dessins, je les garde précieusement sous cloche. L’humour n’a pas de prix, l’amitié non plus.
Hervé Bellec

